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Grand Paris : Synthèse de la conférence "le développement industriel de la vallée de la Seine et sa coordination avec le développement du Grand Paris"

La synthèse sur la conférence-débat sur le thème "le développement industriel de la vallée de la Seine et sa coordination avec le développement du Grand Paris" est désormais en ligne.

Jacques Attali, Olivier Gantois, Philippe Eudeline, et Laurent Manière ont échangé leurs réflexions autour de ce thème.

Conférence vendredi 11 juin 2010 à Notre-Dame-de-Gravenchon

Thématique : « Le développement industriel de la vallée de la Seine et sa coordination avec le développement du Grand Paris »

Intervenants

Autour de Jacques Attali, chargé de la mission de réflexion prospective sur les opportunités de développement de l’axe Seine dans le cadre du Grand Paris,
Olivier Gantois, délégué général de l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP),
Philippe Eudeline, directeur technique chez Thalès et président de l’association AéroEspace,
Laurent Manière, délégué de Normandie Développement.

Le contexte

Après une mission de plusieurs mois sur le terrain, Jacques Attali a rendu ses conclusions et a décliné 50 propositions dans le rapport «Paris et la mer : la Seine est Capitale» paru aux éditions Fayard. Les Chambres de Commerce et d’Industrie de la Seine s’engagent activement dans cette démarche en organisant entre mai et juin 2010 quatre conférences, sur quatre thématiques, dans quatre villes du territoire. La première, «Portuaire, enjeux économiques et dimension maritime du Grand Paris» s’était déroulée le 27 mai dernier à la CCI du Havre.

Les propos

Le développement industriel de la région

Jacques Attali rappelle quelques idées phares présentées dans son rapport : il existe un lien fort qui rassemble Paris, Rouen et Le Havre, c’est la Seine et ses ports. La capitale française ne peut rien être sans Le Havre car toute grande capitale mondiale se doit d’avoir un port. Le moment est venu de passer à l’action au plus vite car il existe un danger réel, celui d’une Europe qui crée une dynamique vers les pays du nord. Paris cherche aujourd’hui un débouché vers la mer et se tourne plutôt à l’heure actuelle vers Anvers et Rotterdam.

Selon l’auteur du rapport, plusieurs conditions régissent l’action : la construction de la ligne à grande vitesse entre Paris, Rouen et Le Havre, mais également un réel éveil de la vallée, le développement des infrastructures régionales et du port havrais afin qu’il devienne le port de Paris, le port de la France.

Ce qui donne une force supplémentaire à ce territoire, c’est son secteur industriel : «Cette région traditionnellement industrielle, grâce au pétrole, au potentiel de l’agro-alimentaire, mais aussi aux 14 sites Seveso qui représentent des compétences extraordinaires d’expertise, doit saisir sa chance du développement industriel. Si les choix ne sont pas faits cette année, cela rendra les choses encore plus difficiles parce que les dépenses publiques vont de toute évidence diminuer dans le cadre du budget 2011. C’est une question de vie ou de mort de la région.»

L’ancien conseiller prend l’exemple de la ville de Châteauroux «placée au milieu de nulle part, sans train, sans port, mais grâce à une volonté politique énorme, qui saisit l’opportunité d’une base militaire rendue disponible et la transforme en ‘Châteauroux Business District’, avec l’ambition d’accueillir 50 entreprises chinoises et de créer 5000 emplois».

Un projet de cette envergure doit, entre autre, être envisagé dans la région normande : un parc industriel accueillant les innovateurs. «Doit-on se concentrer sur quelques filières ou les faire travailler ensemble ? Je pense personnellement que les différentes filières du secteur industriel doivent s’allier, se doter d’un système de financement afin de créer les bases de ce parc qui aurait pour vocation d’attirer les innovateurs, tous les innovateurs. On ne sait pas encore qui ils seront, mais tout est possible dans tous les domaines et tout doit l’être.» précise-t-il.

Ce développement industriel, pleinement assumé, a intérêt de s’appuyer sur les filières déjà fortes dans la région, l’énergie, la logistique, le transport et intégrer les nouvelles filières du développement durable (recyclage, traitement, dépollution) ; l’écologie ne devant pas être un frein au développement, au contraire, elle peut être moteur.

L’avenir du secteur pétrolier

A la question de l’importance du secteur pétrolier sur ce territoire et de son avenir, Jacques Attali répond qu’il faut penser à « l’après pétrole » à l’échéance de 20-30 ans. «Qu’est-ce que l’après pétrole ? Personne ne sait quand il aura lieu et dans quelles conditions il aura lieu. Que va-t-il se passer d’ici à 20 ans ? On ne sait pas encore si le pétrole aura perdu de son importance, si nos raffineries seront encore sur le territoire ou si elles seront délocalisées. Ce que l’on sait en revanche, c’est que les prix du brut vont continuer à augmenter et que la consommation va continuer à diminuer. Il est donc essentiel de réfléchir à des industries du futur plus spécifiques, comme celles de la dépollution et à d’autres énergies qui représentent des masses critiques d’expertise considérables. Il y a urgence de mettre en place une action collective dans le secteur industriel qui soit ce qu’appellent les anglo-saxons le ‘business friendly’, et ce que je nommerais plutôt le ‘citizen friendly’, c’est à dire la création des conditions d’accueil véritablement propices aux investissements et aux installations d’industriels venant d’ailleurs en France, mais aussi de l’étranger.»

Pour compléter ces propos, le représentant de ce secteur, Olivier Gantois confirme que les industries pétrolières se préparent à cette évolution, mais il pense cependant que le pétrole a encore de beaux jours devant lui. Il représente aujourd’hui 80% de la demande énergétique mondiale, en 2030, il atteindra encore 70% de la demande énergétique. Si, selon lui, la baisse de la demande en pétrole est une bonne chose parce que cette ressource est limitée, l’enjeu de ce secteur ne sera pas tant celui de l’après pétrole que de l’amélioration de l’efficacité énergétique. «Il n’y aura pas de nouvelles raffineries en Normandie. Je suis cependant certain que nos raffineries vont continuer à exister même si l’activité du traitement du pétrole sera en baisse. Et il faut faire en sorte de ne pas plomber les activités de raffinage en France pour rester compétitifs. Notre implication va être de maintenir nos raffineries et nos industries pétrolières, en concurrence sur l’échelle mondiale, leur assurer une pérennité économique, tout en les rendant plus vertueuses, plus durables et plus performantes. L’amélioration de l’efficacité énergétique est aussi une façon de les pérenniser économiquement.»

Des actions et des investissements sont en effet en cours depuis au moins cinq ans pour réduire leurs émissions de polluants, mais aussi pour accroître l’utilisation des bio-composants, grâce à la réglementation en place aujourd’hui en France, et donc aux aides. Selon cet expert, l’articulation des industries pétrolières et des industries «renouvelables» est en cours grâce entre autre à une très bonne collaboration entre les différents énergéticiens du territoire. La prochaine étape sera de consacrer une bonne part des investissements dans le solaire et l’éolien, des secteurs d’avenir.

Rendre le territoire plus attractif

Philippe Eudeline, le président d’AéroEspace, estime quant à lui que la filière de l’énergie est mise en avant dans le rapport de Jacques Attali, comparativement à la logistique et au transport par exemple, un fait qu’il juge logique puisque cette filière donne davantage de visibilité au projet. Mais il pense qu’elle se doit d’être mise en action avec les autres, qu’une mobilisation commune est nécessaire pour conserver les emplois, les développer et attirer les compétences. «Nous avons aujourd’hui un déficit en termes d’attractivité des talents de haut niveau. Nous devons mettre en œuvre des chantiers pour non seulement faire venir des étudiants dans des écoles de renommée internationale, construire des infrastructures pour leur vie sociale sur place, mais également attirer les professionnels les plus pointus, comme dans le domaine de l’aéronautique, un secteur d’avenir, et leur proposer des profils de carrière en région

Selon lui, il est nécessaire de faire évoluer «les relations rustres, d’un autre âge, du type client/fournisseur» que les grands groupes présents en Normandie ont avec les PME-PMI locales. Un des défis est de leur faire prendre conscience que le réseau foisonnant de PME-PMI peut leur être très utile et que leur propre avenir se joue aussi sur le développement du tissu industriel local.

Selon Jacques Attali, il est effectivement important pour ces grands groupes d’avoir des sous-traitants locaux stables et solides, comme il est important que la région solidifie sa position sur l’échiquier français et mondial : «Il ne faut pas oublier que le Havre raffine les 2/3 tiers du pétrole français, que le secteur énergétique emploie 20 000 personnes. La France est le 3ème pays d’accueil des investissements étrangers. La Chine, le Japon et les grands pétroliers sont de gros investisseurs, le Brésil le sera demain, et il faut jouer avec notre potentiel et ces 3 pays. Il n’y a pas de raison qu’une des spécialités, la logistique, n’attire pas des investissements et des compétences.»

Enjeux et faiblesses

Laurent Manière, le délégué de Normandie Développement, chargé de la prospective internationale, pense qu’il est urgent de rendre ce territoire compétitif. Il rappelle quelques chiffres : en France, les deux Normandie se trouvent au 6ème rang des investissements internationaux, elle est la première région énergétique, et, au niveau mondial, la première dans le secteur du lin. «Attirer les investisseurs étrangers sur le territoire est un défi pour le développement de la région et sa compétitivité. Pour cela, nous devons prouver au monde que nous avons des compétences en mettant l’accent sur les 5 ou 6 filières fortes déjà présentes, comme l’énergie, l’agro-alimentaire, la logistique et la propulsion, et cibler sur quelques pays, pas plus de 6.» Créer de nouvelles compétences spécifiques est une ambition qui lui semble inévitable pour accroitre l’attractivité, comme les filières de l’éolien off-shore. Il faut en même temps offrir tous les services de la vie quotidienne aux étrangers qui viennent s’y installer, les écoles par exemple. Autour de cela, créer une dynamique autour de la recherche, de l’enseignement, des clusters sont autant de difficiles mais incontournables enjeux pour la réussite du développement régional.

Il pointe également certaines faiblesses du territoire : l’enclavement, d’où la nécessité de la ligne à grande vitesse, mais aussi une vision restreinte des marchés, où chacun travaille sur son petit territoire avec ses propres compétences. Apprendre à travailler ensemble sur un territoire beaucoup plus large lui semble être un élément fondamental. «Nous sommes en contact avec les acteurs de l’Ile-de-France depuis quelques années, c’est un atout pour évoquer l’organe fédérateur et porteur du projet. La concurrence mondiale est très forte, elle le sera encore plus demain, nous devons nous y mettre tout de suite.»

Une action commune

Pour Jacques Attali, les acteurs ont un enjeu de taille à relever dans le cadre du Grand Paris : qu’ils comprennent tous que développer cette région bénéficiera à tout le monde. «On ne réussit un développement que si l’on convainc les autres que le leur passe aussi par le vôtre. Paris a intérêt au développement de cette région et commence à le comprendre, ce qui fait des millions d’alliés supplémentaires. Une vision globale est nécessaire pour attirer les investisseurs et accueillir les différentes ressources nécessaires.»

Cette dynamique suppose, pour l’auteur du rapport, une réelle coordination des collectivités locales, associée à une vraie gouvernance au niveau national, qui deviennent alors des instances de conduite opérationnelles : le travail en commun au niveau régional des ports, des CCI, des collectivités, et une réelle action plus globale, concrétisée récemment par la nomination de Jean-Louis Borloo sur le dossier du Grand Paris, sont indissociables. Il précise : «Cela nécessite un véritable changement de conduite pour bâtir sur cette histoire une gouvernance et définir ensemble ce programme. La mise en place d’un établissement public de développement de la Seine est aussi primordiale.»

Ce qui conditionne l’action, c’est «s’entendre pour se faire entendre. Car ceux qui auront criés le plus fort seront entendus lorsque les fonds publics seront dégagés» conclue-t-il. Une condition sine qua non à la réussite du projet.

 

Prochaine conférence

 

Mercredi 16 juin à la Faculté de droit de Rouen : La formation et l'économie des savoirs

Mercredi 30 juin au Centre International de Deauville : La culture et le tourisme, leviers d’attractivité d’un territoire.

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