Informez-vous
Animation et Réseaux
Animation et Réseaux
CCI pratique
Solutions Expertes CCIH
Espace presse
Vous êtes dans : Accueil > Les dernières actus > Grand Paris : Synthèse de la conférence "Formation et économie des savoirs"
Grand Paris : Synthèse de la conférence "Formation et économie des savoirs"
Les intervenants
La synthèse sur la conférence-débat du 16 juin 2010 sur le thème "La formation et l'économie des savoirs" est désormais en ligne.
Jacques Attali, Jean-Louis Billoët, Hervé Crès, et Gérard Lissot ont échangé leurs réflexions autour de ce thème.
Conférence mercredi 16 juin 2010 à la faculté de droit de Rouen
Thématique : « La formation et l’économie des savoirs »
Intervenants
Autour de Jacques Attali, chargé de la mission de réflexion prospective sur les opportunités de développement de l’axe Seine dans le cadre du Grand Paris,
Jean-Louis Billoët, directeur de l’INSA de Rouen,
Hervé Crès, directeur adjoint et directeur des études de Science Po,
Gérard Lissot, président du Conseil Economique et Social de Haute-Normandie.
Le contexte
Après une mission de plusieurs mois sur le terrain, Jacques Attali a rendu ses conclusions et a décliné 50 propositions dans le rapport «Paris et la mer : la Seine est Capitale» paru aux éditions Fayard. Les Chambres de Commerce et d’Industrie de la Seine s’engagent activement dans cette démarche en organisant entre mai et juin 2010 quatre conférences, sur quatre thématiques, dans quatre villes du territoire.
Les deux premières, « Portuaire, enjeux économiques et dimension maritime du Grand Paris » et « Le développement industriel de la vallée de la Seine et sa coordination avec le développement du Grand Paris » se sont déroulées les 27 mai et 11 juin dernier au Havre et à Notre-Dame-de-Gravenchon.
La dernière sera consacrée au thème "la culture et le tourisme, leviers d'attractivité d'un territoire" se déroulera à Deauville le 30 juin 2010.
Les principaux enseignements du rapport Attali sur l’enseignement, la recherche et les savoirs
Jacques Attali se réfère à son maître à penser, le grand historien français du 20ème siècle, Fernand Braudel qui démontrait l’importance de la géographie pour comprendre l’histoire. A certains moments dans l’histoire, des masses critiques se forment et permettent à des villes, des régions de devenir des lieux essentiels de l’évolution qui cristallisent alors les conditions de la croissance. Une ville, pour exister sur la scène mondiale, doit répondre à plusieurs préalables : avoir nécessairement un port, mais aussi posséder et produire des intelligences, des technologies, des aventuriers et des financiers autour d’un projet.
«L’Europe a été pendant mille ans le cœur du monde. Elle n’a certes pas de raisons de perdre sa fonction fondamentale de puissance stratégique, mais se doit d’être capable de maintenir le niveau de vie. Qui ne croît pas décline, qui ne reste pas puissant n’est plus rien. En France, nous sommes dans une situation étrange où on a laissé croire que l’on était une grande puissance économique, politique, ce qui est faux, nous n’avons jamais eu une capitale d’envergure. Nous n’avons jamais été capables d’attirer les talents permettant de proposer des innovations, remporter des prix et contrôler le progrès technique. Nous avons une très grande ville, Paris, mais elle n’a pas de port pour sur lequel accrocher sa puissance. Nous sommes devenus une nation terrestre.»
La mer est un enjeu considérable, puisque 80% des marchandises y circulent, mais ce sont aussi les idées, les innovations qui sont véhiculées par la mer. C’est elle qui structure la pensée. Si la France ne se dote pas d’un port, elle continuera à être une puissance illusoire et déclinera. Nous sommes à un moment charnière qui se joue où la dynamique s’accélère avec l’apparition des grands ports asiatiques et où seuls deux grands ports européens restent compétitifs. Pour Jacques Attali, le lien entre les ports et le monde universitaire peut paraître ténu mais la présence d’un port est la condition de développement d’une grande ville et, dans certains cas, la renaissance d’un port est possible aussi grâce au développement universitaire. Le meilleur exemple actuel en est Liverpool.
La région normande est dans une situation particulière, où les ports du Havre et Rouen - qui ne doivent en faire qu’un - ont une très forte vocation de croissance, avec une situation géographique unique, à courte distance du grand bassin de consommation qu’est la région parisienne.
Ce territoire a cependant d’énormes faiblesses, celles bien sûr liées aux transports, à l’industrie, mais aussi au monde de l’université et de l’enseignement supérieur. Même si les trois universités sont de qualité, avec des potentialités très fortes, des grandes écoles présentes sur le territoire, il n’existe pas de grande université capable de rivaliser avec les universités de référence à l’échelle mondiale. La croissance de leur budget n’est que de 3% par an alors que la moyenne nationale est de l’ordre de 11%. L’argent du Grand Emprunt, essentiellement destiné à ces domaines de l’enseignement et de la recherche, est en train d’être distribué à ceux qui proposent les dossiers les plus convaincants, et le territoire, selon Jacques Attali, n’en sera vraisemblablement pas bénéficiaire.
Le monde universitaire n’a pas réussi à mettre en place un PRES, un Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur. « Il n’y aura aucun financement sans la création de ce PRES. Mieux vaut un mauvais compromis qu’un bon désaccord. Il est nécessaire que la région considère que le développement universitaire doit passer par une stratégie commune, des ambitions globales. Là encore, il faut s’entendre pour se faire entendre. »
L’autre grande faiblesse du territoire est sociale. Avec un niveau élevé d’illettrisme, plus élevé que la moyenne nationale, l’amélioration des savoirs dans cette région est difficile notamment en milieu rural. La formation continue est aujourd’hui incapable d’endiguer ce fléau, alors qu’elle est un des autres leviers essentiels pour l’accès à une véritable économie du savoir.
Faire de l’excellence universitaire une priorité, penser « Monde » dans l’organisation de l’enseignement supérieur, regrouper les énergies pour drainer les moyens financiers nécessaires, offrir aux chercheurs et enseignants des conditions de travail et de vie attractives, tels sont quelques uns des défis à relever pour les acteurs du monde de l’enseignement et de la formation afin d’aboutir à une excellence universitaire, capable de rivaliser à l’échelle non seulement française, européenne, mais aussi mondiale.
Se démarquer de la région parisienne
Pour le directeur de l’INSA, Jean-Louis Billoët, le rapport Attali fait ressortir certaines évidences, comme l’axe Seine, une double colonne vertébrale que pourraient constituer les axes du portuaire et de la Ligne à Grande Vitesse.
Mais au niveau du monde de l’enseignement, certains facteurs d’échelle peuvent expliquer les difficultés de ce secteur : 600 000 étudiants en Ile-de-France, 49 000 en Haute-Normandie et 36 500 en Basse-Normandie. La région normande paraît quasiment invisible par rapport à sa grande voisine qui aspire tout.
«Si nous souhaitons faire aboutir le projet du PRES, nous devons mettre en synergie les trois grands territoires normands. A Rouen, nous avons une université, des écoles, Rouen Business School, une des meilleures écoles de commerce en France qui se développe avec d’autres régions, l’Esigelec, une des plus renommées sur sa spécialité, l’Insa, créée il y a 25 ans. Nous avons donc la capacité d’attirer des étudiants et des professeurs du monde entier. Mais ce qui manque, c’est un pilote qui fédère toute notre excellence et qui soit porteur du projet commun. Il faut accepter de dire que l’on n’est pas excellent dans tous les domaines, identifier quelques secteurs crédibles à l’échelle internationale et y consacrer une grosse part du budget. Les autres secteurs, qui ont aussi toute leur légitimité, doivent bien sûr coexister, mais avec des moyens moindres. C’est un exercice difficile, mais possible.»
Pour Jacques Attali, la région peut tout à fait se démarquer par rapport à Paris. La taille n’est pas un critère de succès et de qualité. Le critère, c’est la capacité à se doter d’un projet d’excellence, avec des dirigeants qui le soutiennent. Pour cela, une gouvernance s’impose.
Le contre-exemple de Science Po
Science Po est, selon Hervé Crès, son directeur adjoint, la preuve qu’il est possible d’installer sur le territoire un enseignement de haut niveau à l’échelle internationale. L’idée que Paris est un «aspirateur» à compétences n’est pas une fatalité. Science Po a fait une expérience inverse en décidant d’installer certaines opérations de formation dans certaines villes en France : «Nous avons fait le pari que nous pouvions attirer l’Asie au Havre, ce sont 150 étudiants, ¾ d’étrangers, et 30 nationalités. Quand nous pensons «Monde», ce sont les jeunes talents, étudiants, enseignants, chercheurs que nous cherchons à attirer dans notre institution. Nous nous sommes projetés au Havre pour des raisons symboliques, aller à la conquête de l’Asie à partir du port, le premier port recevant des marchandises asiatiques en France.»
Les acteurs locaux, comme les collectivités, ont aussi un rôle à jouer dans cette démarche essentiellement pour l’accueil de ces populations : la qualité de vie, l’offre de moyens de transports, l’offre culturelle, les interconnexions entre les enseignements, la formation et le tissu économique…
«Il ne faut pas croire que Paris est si facile à vivre pour les étudiants qui viennent y étudier, et à contrario, que les inconvénients sont nombreux ailleurs. En région, il faut prendre en compte des transports plus simples, un encadrement pédagogique plus humain, un réel esprit de promotion et d’expériences d’équipes, dans des structures plus petites.»
Jacques Attali confirme qu’une plateforme d’accueil est essentielle pour le développement universitaire, l’avenir de notre pays réside non pas dans sa capacité à éviter l’immigration, mais à l’attirer ; les universités étant un très bon moyen de capter une immigration d’excellence.
Une collaboration de travail est en marche
Gérard Lissot, en tant que président du Conseil Economique et Social de Haute-Normandie, est à la croisée des chemins entre l’enseignement, l’économique, le social, et l’associatif. Il se dit déjà très engagé dans la relation avec le bassin parisien, dans le cadre entre autre d’une association de promotion du TGV normand, qui s’est constituée à l’initiative des trois présidents de CESR. C’est une mise en mouvement concrète commune.
Il estime qu’il ne faut pas voir la région voisine, l’Ile-de-France, comme un désavantage, mais plutôt «comme une opportunité pour mettre en place des alliances, en créant par exemple des pôles de compétitivité communs». Il cite ainsi le pôle de compétitivité en recherche et développement Mov’eo, dédié aux secteurs de l’automobile et du transport public, implanté en Ile-de-France, en Haute et Basse Normandie. Il lui semble être un exemple très représentatif «d’une bonne logique de projet associée à une mise en commun de moyens financiers d’accompagnement».
Les enjeux consistent à avoir non seulement un pôle de compétitivité au moment clé mais aussi à proposer de bonnes formations et à travailler main dans la main avec l’Ile-de-France. «Il faut s’allier, nous ne pouvons pas rester très bons tout seuls.»
Les questions de pouvoir personnel sont pourtant encore aujourd’hui un véritable frein à ces collaborations et à ces fusions. «Sur les grands pôles d’excellence, les dirigeants vont devoir accepter l’idée de laisser leur place à d’autres. Il est urgent d’agir et de ranger les egos à l’endroit qu’ils n’auraient jamais dû quitter» conclue Gérard Lissot.
Une gouvernance commune apparaît donc également incontournable dans ces domaines de l’enseignement et de la formation. Pour Jacques Attali, cela passe par la création de l’établissement public d’aménagement de la Seine, un outil que l’Etat est en train d’installer et qui dépasse les cadres régionaux. Aux acteurs locaux de l’enseignement, de la formation et de la recherche maintenant de se prendre en mains pour décider d’une même voix «d’un projet, d’un patron, d’une équipe».
Dernière conférence
Mercredi 30 Juin à 17h30 au Centre International de Deauville :
« La culture et le tourisme, leviers d’attractivité d’un territoire »
